Une architecture iconique

Avec sa tour-phare et sa grande galerie, le centre d’art est une création architecturale remarquable, labellisée « Patrimoine du XXe siècle». Associé à l’architecte italien Aldo Rossi (1931-1997), l’architecte français Xavier Fabre nous explique la conception de leur bâtiment dans cette interview.

Le bâtiment qui est ici n’est pas un musée. Ce qu’il faut considérer c’est que c’est d’abord un paysage qui permet le développement d’un parc de sculptures. C’est ainsi qu’on peut résumer la question qui nous a été posée par Dominique Marchès, par le SYMIVA, par les autorités ici à Vassivière quand ils ont souhaité développer un lieu destiné à l’art contemporain.
La réponse que nous avons faite avec Aldo Rossi, c’était de considérer justement ce paradoxe : qu’il y ait un bâtiment mais que ce bâtiment ne soit pas la pièce maîtresse (d’une certaine manière) du projet, mais que ce soit quelque chose qui induise un parcours. Et ce parcours nous l’avons pensé (je dirais) en 3 points. Le premier point, ancré dans la forêt, c’est une tour, effectivement qui ressemble à un phare parce que nous sommes sur une île et qu’il y a un rapport avec le barrage et le lac qui nous entoure. Mais c’est aussi parce que à côté de cet endroit-là il y a à l’origine une source. Et que l’on trouve là comme un point de départ et que l’on peut considérer que le deuxième thème qui est le grand bâtiment qui apparaît comme une galerie, presque une galerie d’art comme celle du Louvre, est aussi pensé à travers le projet comme un aqueduc, avec ses arches répétées, aqueduc qui serait devenu une ruine et dans lequel les artistes, des gens seraient venus loger, poser des œuvres et fabriquer des œuvres.
Donc en fait ce bâtiment est à la fois une galerie, un parcours, un trajet à travers le paysage, quelque chose que l’on traverse et que l’on passe. Ce n’est pas quelque chose où l’on se rassemble, c’est quelque chose qui diffuse. On diffuse à partir de la tour pour voir les sculptures que l’on va découvrir, ou on traverse le bâtiment pour comprendre comment l’artiste a pensé et travaillé son œuvre dans le lieu. C’est ainsi que le bâtiment s’est formé avec ses deux thèmes : la tour, l’aqueduc habité.
Il y a un travail très complexe et très savant sur le rythme qui appartient, et c’est une chose qu’on ne révèle jamais, à la volonté d’Aldo Rossi de bien construire et de montrer très simplement et de manière très lisible les forces de construction. Et là c’est un travail qui a été effectué par Vincent Speller, mon associé, qui a dessiné tout le bâtiment dans son graphique des détails, et qui s’est tenu à ce qu’il y ait des effets de rythme entre les portiques qui sont à l’origine de la thématique de l’aqueduc, le rythme des pierres, le rythme des baies en arc qui marquent la régularité, mais aussi le rythme des matériaux, le rythme des gouttières et aussi le rythme du zinc. Et tout appartient à un module qui fait 2,25m.
Dans la commande, le programme était très simple, ils voulaient deux lieux ou trois lieux de présentation d’œuvres différentes avec des tailles variables :
- pour pouvoir faire des grandes œuvres : la grande galerie,
- pour faire de petites présentations de dessins : la petite salle du haut,
- pour faire un lieu où on puisse faire des réunions, des présentations, des lectures : le petit théâtre
Et donc ces distinctions s’enchaînaient dans la continuité de la longueur de la galerie. Et puis il y a plusieurs lieux exceptionnels qui sont l’espace d’entrée, le portique, le pronaos, qui sont la boutique, qui fait partie de cet élément-là, les petites salles de travail, l’appartement caché et le laboratoire, un lieu très important. C’est que, et c’est pour ça que j’explique que ce n’est pas un musée, c’est un lieu où on produit des œuvres et c’est très important, il y a un atelier qui est comme le ventre principal en brique rouge, intérieur, qui est juste là derrière et qui est au centre du bâtiment, autour duquel on tourne et on passe par les escaliers, dans lequel on ne rentre pas parce que c’est le lieu de l’artiste, mais qu’on peut voir.
Un dernier point c’est que la tour n’était bien sur pas dans le programme. Et quand nous avons présenté la tour, qui était la première idée, deux phénomènes qui se sont passés, quand j’ai présenté un soir venant de Milan en voiture, arrivant ici, sortant de la voiture avec la maquette et présentant aux gens de Vassivière qui étaient rassemblés, je leur ai montré tout le projet, la réaction immédiate des gens de Vassivière, a été de dire : « On fait la tour tout de suite ! ». C'est-à-dire qu’il y a eu une adhésion immédiate, alors que j’avais quitté Milan avec Aldo Rossi qui me dit « peut-être la tour ça va les choquer, ils vont pas vouloir, n’insiste pas, on la fait en bois » et puis en fait ça a été l’inverse : adhésion totale. Parce que l’idée est tellement évidente que ça a adhéré tout de suite. Par contre, autre réaction, quand j’ai présenté cette tour au ministère, où à la Direction de l’architecture et des arts plastiques on a présenté le projet avec Dominique Marchès, le directeur a dit « Mais qu’est-ce que vous allez faire ! Mettre des artistes là-dedans c’est la pire contrainte, c’est le pire lieu pour eux, c’est beaucoup trop dur ! » Et l’inverse s’est produit, c’est que ce lieu est le lieu toujours réclamé par les artistes. C'est-à-dire que la tour est le lieu qui permet de comprendre que tout ça c’est un objet de travail du regard. On monte la tour et on voit une œuvre à l’intérieur, on est dans le ventre du projet, et on arrive là-haut et on voit le paysage, et on peut voir d’autres œuvres. C'est-à-dire qu’il y a un effet d’écho entre le paysage et l’œuvre intérieure. C’est pour ça que c’est un élément premier et fondamental du projet et ça a été très bien compris ici par nos maîtres d’ouvrage. Je pense que sur 25 ans d’expérience ici, ce que je trouve réussi, mais c’est la réussite de toute l’équipe qui a travaillé ici, c’est la vie dans le par cet à travers l’absorption et le travail qui s’est fait dans le bâtiment. C’est cette symbiose entre un paysage, un parc de sculptures et un édifice qui ne s’est pas imposé.

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